L’ambassadeur de France chargé de l’environnement et négociateur à Rio est venu dresser le bilan du Sommet de la Terre devant le CESE le 26 juin.  Après son intervention, les membres du CESE présents à Rio sont intervenus, dont Fabienne CRU-MONTBLANC pour la CGT.

L’essentiel de l’intervention de Fabienne CRU-MONTBLANC :

« La CGT avait fait le choix de participer aux deux semaines du sommet, sachant que l’avant-sommet démarrait par une assemblée générale de la Confédération syndicale internationale (CSI). La délégation CGT est restée jusqu’à ce que le texte final soit écrit et l’allocution du Président de la République prononcée.

Le bilan de l’AG de la CSI est remarquable car, pour la première fois, il y a eu unanimité sur un texte fort, dépassant les oppositions nord/sud et syndicats réformistes/progressistes.

Dans cette résolution, on retrouve des revendications comme le changement de paradigme ou la révision de nos modes de production et de consommation, le travail décent et les droits des salariés, notamment avec le droit de se syndiquer sachant que, dans certains pays, la liberté syndicale conduit bien souvent à la mort. Y figurent aussi des éléments autour du droit des femmes, de l’égalité, de l’émancipation et surtout la revendication d’un socle de protection sociale universelle. La taxation des transactions financières sort comme l’élément incontournable parmi tous les financements innovants de la transition juste. L’accès à la culture et à l’éducation sortent également renforcés pour peut-être même devenir le 4ème pilier après l’économique, le social, l’environnemental.

En parallèle au sommet officiel se tenait le forum des peuples avec des débats autour de la protection sociale, du travail décent et de la TTF qui ont confirmé la position de la CSI.

Le travail avec les ONG, membres du collectif France Rio + 20, a permis de déboucher sur des positions consensuelles, fortes, sur le travail décent, la protection sociale et l’environnement.

Lors des journées de débats de la société civile, la proposition portée par la CSI portait autour du travail décent, du droit des salariés, de l’émancipation des femmes et de la protection sociale a été adoptée, loin devant toutes les autres, à 73,8 % et a été jointe au texte final de Rio+20.

Les Etats ont conclu le sommet de la Terre sur le développement durable par l’adoption d’un texte particulièrement décevant en termes d’ambitions et d’engagements en faveur d’actions immédiates. Cette conclusion aux antipodes des attentes s’avère protectrice d’un système économique totalement antinomique avec les obligations qui s’imposent à nos sociétés pour répondre aux enjeux Elle est insultante envers les populations qui souffrent le plus socialement, envers la préservation indispensable de la nature, envers le monde scientifique. Elle est pour une bonne part irresponsable, sa médiatisation positive n’y changera rien ! Les Etats ont fait le choix de céder au lobbying des grandes firmes internationales cramponnées sur une posture de préservation de modes de production et de consommation dont la finalité est le profit et la concentration des richesses.

Dans les points positifs, émergent la lutte contre la pauvreté, mais aussi ce socle de protection sociale universel. Le travail décent et la transition juste figurent en toutes lettres dans le document final avec une ébauche de plan de travail et le rôle de l’OIT sur ces questions.

La gouvernance mondiale est renforcée avec la participation active de la société civile. C’est un acte fort du sommet Rio +20, de même que le renforcement du Programme de l’ONU pour l’environnement et l’échéancier sur les objectifs du développement durable pour 2015. Cela dit, plusieurs réserves subsistent. L’échéancier est là, mais qu’allons-nous en faire ?

Dans les points négatifs, c’est ce texte qui est principalement un texte de principes. Il y a peu d’actions. Il est assez décevant en termes d’ambition et d’actions concrètes. La taxation des transactions financières n’y figure pas. Certes, il y a les financements innovants, mais les 0,7 % du PIB ne sont toujours pas effectifs et on peut se poser des questions sur la mise en œuvre de financements innovants.

Il y a peu d’avancées aussi sur la lutte contre le dumping social et environnemental. Certes, la RSE est abordée mais de très loin, sans mesure concrète, même si le Président de la République s’est engagé à Rio à avancer sur la RSE, soit par le dialogue soit par la loi. »

La CGT pose la question de la main mise des multinationales sur le sommet avec leur volonté d’imposer un « green business », sans remise en question de leur responsabilité, sans contraintes, ni contrôle public.

 

Extraits, morceaux choisis de quelques interventions :

La CFDT a pointé « le décalage entre l’ensemble des travaux, des engagements, des propositions de débats, des animations faites par la société civile et l’ambition de cette dernière avec les réactions politiques et les conclusions politiques.

S’agissant des regrets, la CFDT considère que le texte final, sous réserve de bien l’examiner, est très en retrait par rapport aux attentes de la société civile et de tous les débats survenus en amont, ainsi que de toutes les initiatives. » Elle relève, comme la CGT, des « avancées importantes, au plan social bien sûr, concernant cette notion de travail décent, un socle de protection sociale minimum de reconnaissance. »

 

Françoise VILAIN, présidente du groupe des entreprises au CESE et rapporteure de l’avis sur Rio, a « une vision optimiste des choses. En fait, ce sommet venait à un moment extrêmement difficile : la crise économique ne favorisait pas de grandes prises de décisions et de grands élans de générosité. Nous pensions pourtant qu’il était possible que, aussi, la crise conduise à s’interroger sur des façons de sortir de cette situation et que, en particulier, une nouvelle économie pouvait répondre à certaines de ces aspirations. La société civile était vraiment mobilisée sur ces sujets et ce sont à la limite les États qui sont un peu plus réticents. »

 

Bernard GUIRKINGER, Suez Environnement, Personnalité Qualifiée, a rappelé que le CESE avait « à plusieurs reprises, fait un constat extrêmement sévère sur l’épuisement des ressources naturelles, sur le changement climatique, sur les inégalités sociales. » Et d’ajouter : « Je suis persuadé que nous avons vraiment un choix devant nous entre le chaos, l’effondrement ou l’organisation urgente d’une transition économique, écologique et sociale. Je suis inquiet parce que la crise économique et financière accentue la pression du court terme alors qu’il faut voir loin pour réaliser que l’économie verte est probablement elle-même une réponse à la crise. »

Mais, il continue : « Beaucoup d’entreprises mesurent bien les enjeux et l’urgence d’agir. Comme de nombreux autres acteurs de la société civile, elles sont plus ambitieuses, plus volontaristes que les États et les décideurs politiques. Dans le texte adopté, une place importante est accordée aux entreprises. C’est une satisfaction. Elles ont un rôle à jouer à côté des autres acteurs de la société civile. Elles apportent des solutions techniques. Je suis satisfait qu’une grande place ait été réservée aux partenariats publics/privés. »

A la fin de son intervention, il revient sur « la polémique autour de l’économie verte. Certains craignent que le grand capitalisme mondialisé cherche à marchandiser les services rendus par la nature. J’avoue avoir été surpris et sidéré par cette polémique, je ne l’avais pas anticipée. Avec beaucoup d’autres dirigeants d’entreprises, je considère que la transition écologique a besoin d’une réglementation et d’une fiscalité stables et adaptées aux objectifs poursuivis beaucoup plus qu’un développement du marché. »

 

Pour Céline MESQUIDA, France Nature Environnement, « le texte qui a été adopté est très faible. Nous sommes incapables aujourd’hui, alors que tous les signaux sont au rouge, de prendre des décisions politiques de haut niveau et l’on renvoie à la société civile la responsabilité de prendre ces décisions courageuses. On a besoin qu’une rupture économique puisse se faire. Malheureusement, le G20 n’a pas donné l’impulsion nécessaire pour permettre cette transition écologique et sociale de notre économie. »

Ensuite, elle a dressé un premier bilan à chaud sur l’aspect environnemental : « Rio + 20 marque une étape positive sur la question des océans, ainsi que pour la société civile qui voit dans ce sommet la possibilité de devenir un acteur, et non plus seulement un observateur, au cours des négociations internationales ; c’est un point essentiel qu’il faudra creuser. »

Céline MESQUIDA a conclu sur la déception de FNE et sa volonté de poursuivre la mobilisation. « Nous sommes toutefois inquiets de constater que les chefs d’État et de gouvernement sont incapables de se mettre d’accord pour sauver notre planète. »

 

Pour Jean JOUZEL, membre du GIEC, Personnalité Qualifiée, « Rio + 20, tout était complètement booké par le Brésil ! Il n’y a pas eu de négociations au moment où les chefs d’État et de gouvernement étaient présents, ce qui peut être regrettable. Le climat n’était pas au cœur des discussions de Rio + 20, puisque Rio a enfanté trois conventions (climat, biodiversité, désertification). Il y a cependant des éléments de satisfaction : une grande implication des entreprises et de la société civile, une véritable présence des communautés locales, régionales. »

Il partage « le manque d’ambition de ce texte. Je vais donner un exemple : il y a quelques mois, je me suis impliqué au CESE dans la démarche française pour promouvoir une OME. Les progrès du point de vue de la gouvernance sont très faibles et insuffisants. Tant que nous n’aurons pas face à l’OMC, dont les règles sont orthogonales à celles qu’il faudrait mettre en place pour régler les problèmes environnementaux, une OME qui a aussi des droits et des devoirs équivalents, nous n’arriverons pas à avancer. Tout au long de ce texte, le mot souveraineté est répété. Or, ce n’est pas la souveraineté qui aidera à résoudre les problèmes globaux que pose l’environnement. »