Le Brésil est maintenant en charge de la conduite de la négociation. Il vient de produire un premier texte. Première analyse qu’en fait la CSI par Anabella ROSEMBERG, en charge de l’animation de la délégation syndicale et responsable des questions de développement durable.

(Propos recueillis par Fabienne CRU-MONTBLANC et Daniel GENESTE)

Anabella ROSEMBERG

Que peut-on penser du texte avancé par le Brésil ?

Ce texte surprend, il est en dessous de ce qu’on pouvait attendre du Brésil et bien trop éloigné des enjeux. Il reste sur la rhétorique, les constats et les bonnes intentions. Il se contente de rappeler des idées de base.

Le moment et les urgences font que nous ne devons plus en rester là. Il faut entrer dans les phases volontaristes d’action. Ce texte ne laisse rien présager en ce sens. Il manque cruellement d’actions et d’engagements concrets sur les mises en œuvre. Il n’ouvre pas la voie aux actes, ne serait-ce qu’en termes de feuille de route et de visées. Il est vide de lancement d’initiatives concrètes et n’ose pas aller sur le réglementaire et contraignant indispensables. On peut tout juste y voir se dessiner le lancement d’un processus sur les ODD (Objectifs de Développement Durable), mais sans thème précis ni engagement là non plus. Vu comme ça, cela peut rester simple formule continuellement.

Et les financements ?

Il n’y a pas d’argent sur la table et le texte se garde d’ouvrir des pistes de financement pour en trouver. Dans ces conditions, on ne peut avancer.

Mais pourtant le syndicalisme semble peser ?…

Nos initiatives et revendications syndicales, comme par exemple le socle de base de protections sociale, déjà ébauché par la résolution 202 de l’ONU, trouve du soutien parmi de nombreux Etats. Mais là aussi, sans financement adossé, il ne peut y avoir de suite. D’autant que l’Union Européenne, même s’il affiche son partage, n’en fait pas pour autant l’une de ses 4 priorités, qu’elle ne se sent pas en situation la meilleure pour porter cette proposition.

Il nous faut faire bouger Le G77 là-dessus pour bousculer ce scénario qui aboutirait à un sommet peu reluisant.

Nous voyons en revanche un possible accord sur « les emplois durables », formule qui pourrait dissiper les craintes voire divergences sur les notions d’emplois verts et d’économie verte. Pour nous, peu importe la formule. Ce sont les emplois, leur contenu et leur sens compatibles avec la place de l’homme dans un développement durable qui priment.

Quelles suites à l’action de la CSI ?

Jusqu’à ce stade du sommet, nous avons fait notre travail de syndicalistes à l’adresse des délégations diplomatiques en prenant appui sur les mobilisations. Il nous reste maintenant le niveau des Chefs d’Etat. Nous allons l’investir, y compris au G20, où la CSI est présente. Il nous faut toujours les mobilisations associées des travailleurs.

Demain, mardi, nous organisons un rassemblement devant la Banque Fédérale du Brésil sur la Taxation des transactions Financières et, mercredi, la grande manifestation de la société civile à Rio.

Les Chefs d’Etat doivent aussi entendre ce qui se passe et se dit au sommet des peuples. Ce texte ne peut en rester là !