Jean-Pierre THEBAULT, ambassadeur français délégué à l’environnement, est intervenu lors de l’assemblée générale de la CSI où il participait à une table ronde animée par Bernadette SEGOL sur le thème :

« Financements du développement durable, un agenda syndical : nouveaux impôts mondiaux, redistribution des richesses,… »

La CGT a pu lui poser deux questions.

Les points forts de son intervention :

« Alors que la crise nous conduit souvent à privilégier des solutions de court terme, de précaution, il faut que Rio +20  reconnaisse le rôle essentiel des investisseurs et des investissements de long terme, essentiel pour le développement durable. C’est l’un des engagements de la France. Avec les banques de développement de l’Afrique du Sud et du Brésil, les investisseurs français de long terme, comme l’AFD et la Caisse des Dépôts, nous proposons de lancer un mécanisme mondial nouveau qui privilégie le long terme et suscite un large mouvement d’adhésion. …

Nous avons également besoin de nouvelles ressources pour accélérer le Développement Durable, qui illustrent notre ambition et solidarité collective. C’est tout l’enjeu des financements innovants que la France pousse fortement dans la négociation. Le plus emblématique est la Taxe internationale sur les Transactions financières. La preuve de sa faisabilité technique est abondamment établie.

J-P THEBAULT, ambassadeur délégué à RIO + 20

 Comme l’établit l’ONU une telle taxe pourrait dégager chaque année de 30 a 60 milliards d’euros. En discussion depuis 10 ans, la TTF recueille un soutien croissant, de pays développés comme la France, l Allemagne et le Japon, mais aussi du Brésil et de nombreux pays en développement, 63 au total, réunis dans un « groupe leader ». Rio peut être l’occasion de donner une nouvelle impulsion à ce travail, une forte légitimité. Comment justifier que plus de 4000 milliards d’euros de transactions financières se réalisent chaque année dans le monde sans acquitter la moindre taxe, générant des profits considérables, alors que chaque être humain accepte de payer une taxe même lorsqu’il achète son pain quotidien ? C’est une question de légitimité pour le système financier international, qui a largement profité de la mondialisation, et nécessite dans son propre intérêt un monde stable et prospere, un enjeu de responsabilité pour les Etats, s’ils sont sincères en matière de développement durable et soucieux de l’avenir de la planète. »

Pour lui, Rio ne pourra pas tout régler, «c’est une relance, celle de la réflexion mondiale sur le développement durable, sur le changement radical des modes de production et de consommation. Il faut inventer pour cela un nouveau langage commun, des concepts qui nous unissent, alors que la crise pousse aux repliements. » . Mais Rio est un moment crucial. « Nous avons besoin d’un nouveau modèle de développement qui privilégie l’humain, et prenne en compte de manière urgente  les limites de la planète. la crise est une opportunité pour le changement et La France appuie le Brésil dans ses ambitions pour Rio + 20. La responsabilité des gouvernements est importante. Celle de la société civile aussi. Elle peut s’exprimer et doit le faire fortement. »

« Rio +20 peut être une opportunité pour changer la gouvernance du monde. Ce doit être un sommet ambitieux, même si les décisions nécessiteront encore du temps pour être affinées, avec un programme d’actions, l’affirmation d’une véritable volonté d’aller de l’avant,  et une ambition forte pour la protection sociale. Dans cette nouvelle gouvernance, la société civile doit être représentée dans toutes ses dimensions. Nous avons besoin d’une voix très forte de la société civile. Vous êtes cette force. Utilisez-la ! Faites vous entendre ! »

Fabienne CRU-MONTBLANC, pour la délégation CGT, a interpelé en séance Monsieur l’Ambassadeur :

  • En quoi, selon vous, le social est-il la pierre angulaire de la réussite de la conférence, mais plus largement des transformations nécessaires ?
  • Comment la France se positionne-t-elle sur les nouveaux indicateurs de richesse, au-delà du seul PIB ?

« Le social est le plus important des trois piliers mais il est le moins utilisé. C’est lui qui réunit l’environnemental et l’économique. Avec le social, vous illustrez le rassemblement des peuples et pour, au bout du compte, unir les salariés dans la compréhension des enjeux. La défense des emplois passe par leur durabilité des emplois, donc par l’action sur les modes de production. Le développement humain doit être encouragé et stimulé pour ne plus exploiter la planète comme on l’a fait jusque là. Notre président s’est engagé à défendre ces idées, y compris l’économie sociale et solidaire. Il faut lutter pour le progrès, mais lui donner un sens.

Quant aux nouveaux indicateurs de développement, éléments structurants et fondamentaux des transformations à réaliser, c’est une décision à prendre à Rio. »